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1. Transmission des virus   7 pages (4,2 mo)  
     
Dans ce chapitre, nous allons nous attacher à comprendre comment les virus sont transmis, et comment ils sont capables de persister dans notre environnement ou de développer des épidémies.
   
     
Trois types majeurs de transmission sont connus : les virus qui se maintiennent dans une seule espèce, avec transmission directe, ceux qui peuvent croiser la barrière d’espèce et ceux qui infectent par l’entremise d’un vecteur (Tableau III.1.1.).  
Type de transmission   Maladie
Humain à humain   Rougeole, hépatite A
Animal à humain   Rage, grippe (certains cas)
Arthropode à humain   Dengue, fièvre jaune, chikungunya
III.1.1. Types de transmission virale
     
1. Chez l'homme    
     
Chez l’homme, plusieurs moyens de transmission ont clairement été identifiés :

a) La transmission d'affections respiratoires, via les goutelettes de sécrétions respiratoires, ou sous forme d’aérosols formés lors d’éternuements, qui peuvent projeter des micro-goutelettes capable de persister dans l’atmosphère et de pénétrer profondément dans les voies respiratoires. Heureusement, ces virus ne persistent souvent pas longtemps dans l’environnement…
 
III.1.2. Transmission via aérosols
     
     
b) La transmission féco-orale, c’est-à-dire la contamination buccale par un virus excrété via les selles. soit directement via les mains, soit indirectement via certains aliments ou l’eau. Les rotavirus sont un exemple de virus transmis de cette manière. Il s’agit souvent de virus nus, capables de persister longuement dans l’environnement. Ces virus peuvent contaminer des objets usuels, comme un clinche de porte, un verre, une bouteille. Ces objets contaminés et porteurs de virus sont appelés « fomitesobjets inertes pouvant transmettre les infections ». Dans certains cas les virus sont transportés par l’eau et causent des infections à grande distance (des centaines de kilomètres). Les vomissures peuvent s'associer à la contamination fécale. Quand une personne avec une gastro-entérite vomit (par exemple en cas d'infection par Norovirus), ses vomissures s'accompagnent d'aérosols qui peuvent largement contaminer les objets environnants et donner lieu à des infections.  


III.1.3. Transmission féco-orale
     
     
c) Les transmissions parentérales concernent les transmissions de virus par des voies autres que la voie entérale. En fait, il s’agit essentiellement de transmissions via des injections (aiguilles ou scalpels contaminés) et par extension, via du sang contaminé). Les drogués par voie intraveineuse qui partagent des seringues, sont souvent infectés par des virus présents dans le sang tels que le VIH, le virus de l’hépatite B ou de l’hépatite C.   Transmission parentérale
III.1.4. Transmission parentérale
     
     
d) La transmission sexuelle, qui implique un contact prolongé de muqueuse à muqueuse, avec la capacité de transmission de virus souvent considérés comme fragiles.   Transmission sexuelle
III.1.5. Transmission sexuelle
     
     
e) La transmission mère enfant peut survenir avant la naissance (prénatale) au cours de la grossesse et on parle dans ce cas d’une infection congénitale ; elle peut survenir autour de la naissance (périnatale) et être due à la présence de sang, urine et selles de la mère lors du passage de l’enfant ; finalement elle peut survenir plus tard (postnatale) et être dans ce cas généralement liée à l’allaitement maternel.   Transmission mère-enfant
III.1.6. Transmission mère enfant
     
     
f) La transmission par arthropodes (arthropod-borne virus – arbovirus) : moustiques, mouches piqueuses, tiques. Les virus transmis par des arthropodes ne le sont généralement pas de façon passive, comme par des « seringues volantes », mais après un cycle de réplication (et donc d’amplification) dans le vecteur concerné.   Transmission par arthropode
III.1.7. Transmission par arthropode
     
     
g) On parle de zoonoses dans le cas de virus qui touchent principalement les animaux, mais qui, dans certains cas, peuvent affecter l’homme. Ces viroses constituent principalement une menace pour les hommes qui sont fréquemment en contact avec les animaux, comme des agriculteurs, les aviculteurs, les vétérinaires…  
III.1.8. Transmission par les animaux (zoonose)
     
     
h) On qualifie de maladies iatrogènes les maladies transmises par les médecins et le personnel du corps médical. Si l’on ne peut pas à proprement parler d'un mode de transmission spécifique, il convient néanmoins d’attirer l’attention sur les risques spécifiques liés à l’exercice de l’art de guérir. Le terme « infection nosocomiale » implique qu’elle est transmise à l’hôpital, pas nécessairement dans le cadre d’actes médicaux.  
III.1.9. Transmission iatrogène
     
     
2. Chez les plantes    
     
Contrairement aux virus qui touchent les animaux et l’homme, les virus phytopathogènes doivent traverser un obstacle supplémentaire : la paroi végétale. C’est sans doute la raison pour laquelle la plupart des virus phytopathogènes sont des virus nus ; Pour ces virus, on distingue aussi plusieurs modes de transmission :    
     
a) La transmission mécanique, qui se déroule via de micro-blessures en surface des plantes. Ainsi, on sait que certains virus peuvent être transmis de manière très efficace par simple contact de doigts infectés avec les plantes (c’est le cas de virus de la tomate comme le virus de la mosaïque du Pepino ou de la mosaïque de la tomate, par exemple), voire à l’aide de matériel agricole contaminé (sécateurs, engins agricoles, …).On a ainsi pu montrer qu’un tracteur était capable de transmettre le virus X de la pomme de terre sur plus de 14 mètres…  
III.1.10. Virus de la mosaïque de la tomate



III.1.11. Transmission mécanique - vidéo
     
     
b) La transmission par arthropodes, essentiellement par insecte et dans une moindre mesure par acarien, est un moyen très efficace de dispersion des virus dans l’environnement. Les insectes, et parmi eux notamment les pucerons (aphides), sont des vecteurs très efficace de certains virus. On distingue essentiellement deux types de transmission par arthropodes :

a. D’une part, la transmission sur le mode non persistant, qui comporte une phase acquisition rapide du virus, suivie d’une phase de transmission tout aussi fulgurante. Ce mode de transmission est bien connu maintenant : le virus, comme le virus Y de la pomme de terre, interagit via une protéine-pont, avec des récepteurs au niveau du stylet de l’insecte, et s’en détache, vraisemblablement sous l’effet de la salive secrétée afin de faciliter la pénétration du stylet dans la plante. Ce mode de transmission est très efficace, car il utilise le comportement du puceron qui réalise plusieurs piqûres d’essais avant de s’installer sur une plante, favorisant ainsi la dissémination du virus d’une plante à l’autre. Il est malheureusement difficile de contrôler le virus transmis de cette manière vu la mobilité de l’insecte, et ici les stratégies de contrôle à l’aide d’insecticides sont de peu d'utilité.

b. D’autre part, la transmission sur le mode persistant, passe elle par une circulation du virus dans le corps de l’insecte. Le virus est ingéré lors de l’alimentation et suit le parcours de la sève jusqu’au tractus intestinal, où il va franchir la barrière épithéliale de l’intestin pour rejoindre, via l’hémolymphe, la glande salivaire et la glande salivaire annexe, d’où il sera injecté lors d’une piqûre d’alimentation de l’insecte. Ce mode de transmission implique une interaction moléculaire très précise entre le virus et son vecteur insecte, de manière à permettre au virus de franchir plusieurs barrières épithéliales, via des mécanismes d’endocytose. On a aussi montré que la présence d’endosymbiontes était nécessaire pour permettre le processus, probablement via un mécanisme de « protection » du virus. Parfois, le virus est même capable de se répliquer au sein de l’insecte (on parle alors de transmission sur le mode « propagatif »), ce qui pourrait amener à penser que les virus en question sont peut-être plus des virus d’insectes capables d’infecter les plantes que l’inverse !
 
III.1.12. Mouches blanches vectrices du virus de la mosaïque du manioc


III.1.13. Virus Y de la pomme de terre


III.1.14. Champs affecté par le virus de la jaunisse de l’orge, transmis par puceron (mode persistant). Ce virus reste localisé dans le phloème des plantes


III.1.15. Transmission via arthropodes - vidéo (Jean-Louis Rolot)
     
     
   
III.1.16. Transmission via arthropodes - vidéo (Claude Bragard)
     
     
   
III.1.17. La transmission via arthropodes
     
     
c) Les virus peuvent aussi être transmis par nématodes. De nouveau, il s’agit d’une association qui requiert une grande spécificité d’interaction avec le vecteur, et seules quelques espèces de nématodes sont capables d’opérer ces transmissions caractérisées par des distributions en tâches au sein des parcelles infectées, souvent associées avec une plus forte humidité favorable aux nématodes.  
III.1.18. Transmission via nématodes
     
     
d) Plusieurs viroses très dommageables sur le plan économique sont transmises via des protozoaires du sol. Ici aussi, le mécanisme d’interaction est probablement très précis même si il reste encore parfois mystérieux. On distingue les transmissions « externes » associées aux flagelles de différentes espèces d’Olpidium de transmission de transmissions « internes » provoquées par des microorganismes comme Polymyxa ou Spongospora. Ces protistes sont capables de transmettre plusieurs virus très important sur le riz, le blé, la betterave ou la pomme de terre. Un des principaux problème associé à ces virus est leur persistance dans les sols infestés en association avec le vecteur, capable de survivre plusieurs dizaine d’année grâce à des spores de survies très résistantes appelées sporospores.  
III.1.19. Symptômes provoqués par le virus des nervures jaunes et nécrotiques de la betterave, transmis par Polymyxa betae


III.1.20. Transmission via protozoaires
     
     
e) Les virus de plantes sont aussi transmis de manière très efficace par voie végétative, ce qui implique la mise en place de programmes de détection sur plantes multipliées de cette manière, en pomme de terre par exemple. Certains virus sont aussi transmis de manière efficace par la semence et même par le pollen dans certains cas. Les virus qui affectent les arbres sont souvent transmis par cette voie, qui assure une dispersion efficace du virus sur de longues distances.  
III.1.21. Symptôme de balle de tennis sur semences de pois infectées par le Pea seedborne mosaic virus


III.1.22. Différents modes de transmission de virus de plantes
     
     
    III. 2. Comportement du virus dans l'hôte >>